La Lampe à la Fenêtre
AnaïsChaque soir, à la même heure, j'allume la lampe de la fenêtre qui donne sur la route, même les nuits où je sais que tu ne reviendras pas, même les nuits où tu es à l'autre bout du pays, ou plus loin encore.
Ce n'est pas pour éclairer ton chemin. Tu connais la maison par cœur, tu pourrais la trouver à l'aveugle. C'est pour moi. C'est pour que quelque chose dans cette maison continue de dire ton nom, même quand ma bouche est fermée et que je dors.
Les voisins pensent que j'attends un bateau qui n'existe pas, que je suis une de ces femmes qu'on plaint à voix basse au marché. Qu'ils pensent ce qu'ils veulent.
Je connais des femmes qui ont éteint leur lampe le jour où elles ont cessé d'y croire, et j'ai vu leurs maisons devenir des maisons comme les autres, ordinaires, sombres à neuf heures, sans histoire.
La mienne ne sera jamais une maison comme les autres. Tant que j'aurai une allumette, tant que j'aurai de l'huile, tant que j'aurai ces deux mains, j'allume. J'allume. J'allume encore.