reverie

Anaïs

Le Pain du Matin

31 October 2026

Je pétris la pâte avant que tu n'ouvres les yeux, les mains dans la pâte froide, le dos courbé sur la table en bois, et ce n'est pas pour moi que je fais ça, c'est pour ta bouche à cinq heures, encore pleine de sommeil.

Je connais le poids exact qu'il faut pour un homme comme toi, la croûte dorée jusqu'au bord, jamais brûlée, la mie assez dense pour tenir dans ta main sur la route. Cette recette n'existe nulle part ailleurs que dans mes mains, pour toi seul. Je ne l'ai jamais écrite nulle part.

Il y a des femmes qui achètent le pain. Moi je me lève dans le noir, les ongles pleins de farine, et je regarde le four comme on regarde un visage qu'on aime, en attendant qu'il dise oui.

Si un jour tu ne revenais pas, je continuerais à pétrir quand même, chaque matin, chaque matin, chaque matin, jusqu'à ce que mes mains se souviennent d'autre chose que de toi. Mais elles ne s'en souviendront pas.

Leave a reading

Readings are written by members — free, and the poem stays right here while you write.

Sign in to leave a reading

New here? Create an account — it takes a minute.

Readings so far

No readings yet. Yours would be the first.